Nous soutenir

L’être le plus simple et le plus harmonieux

« Marchez comme des enfants de lumière »
(Épître aux Éphésiens, V, 8)

Parents, maîtres et éducateurs, nous avons pour mission de mener les âmes des enfants vers la Lumière qui sera le chemin de leur vie et leur bonheur. Chaque semaine, nous vous proposons de découvrir quelques paroles de guides et de témoins pour éclairer notre propre route à l'aune de cette parole de saint Thomas d'Aquin : “Ne regarde pas à celui qui parle, mais tout ce que tu entends de bon, confie-le à ta mémoire.” (Seize conseils pour acquérir le trésor de la science). Bonne lecture !

Dieu n’est jamais banal, le péché toujours.

Père de Menasce (1902-1973)
Dominicain

« Comment décrire ce que fut le Père de Menasce ? Il possédait une personnalité faite de capacités dont chacune, prise à part, frisait la perfection, ce qui n’empêchait pas leur ensemble d’avoir fait de lui l’être peut-être le plus simple et le plus harmonieux que j’aie rencontré durant le long chemin de ma vie. La perfection de son âme n’avait d’égale que celle de son intelligence et l’étendue de sa science. Le tout semblait mû par le souffle de Dieu qui l’avait comblé d’une plénitude de dons naturels et surnaturels. Si j’avais à le comparer à quelqu’un dont l’histoire nous a gardé les traits, c’est à quelque grand seigneur de la Renaissance que je le ferais, à un Thomas More par exemple, dont il avait la distinction et la culture. Mais remontant plus haut dans l’histoire, n’avait-il pas, lui, ce converti, il est vrai, du judaïsme, certains traits communs avec ce grand converti du manichéisme que fut saint Augustin ? (…) Après sa première thrombose, il était devenu hémiplégique de toute la partie droite de son corps, ce qui ne l’a pas empêché, durant les dix ans qui suivirent, de conserver sa chaire, aux Hautes Etudes, des origines des religions iraniennes, dont il fut un des meilleurs – sinon le meilleur – connaisseur de nos jours. (…) Lorsqu’il m’arrivait de venir à Paris, j’allais aussitôt passer quelques heures auprès de lui. J’avoue qu’avant d’entrer dans sa chambre, j’éprouvais toujours une certaine angoisse : dans quel état le trouverais-je ? Physiquement, c’était une loque humaine avec son visage jadis beau et maintenant défiguré. Et pourtant cette angoisse disparaissait dès que j’avais retrouvé son sourire exquis. Il faisait rouler lui-même son fauteuil pour venir à ma rencontre. Je passai ainsi avec lui des heures lumineuses. (…) Nous parlions de mille choses, quelques-unes douloureuses, dont il souffrait comme j’en souffrais moi-même, concernant les incidences de notre époque sur la vie de l’Église et celle de notre Ordre, cet Ordre que nous aimions tous deux profondément, ce qui nous rendait d’autant plus sensibles à une certaine désaffection de la doctrine de saint Thomas. Nous parlions de toutes choses fraternellement, à cœur ouvert. Bien que nous abordions des sujets graves, le Père introduisait toujours une note gaie, et souvent de l’humour. Fréquemment, et en dépit de nos âges, nous avons ri ensemble comme deux enfants. Et lorsque je le quittais, contrairement à ce que je ressentais en arrivant, j’avais le cœur plein d’une allégresse telle qu’elle ne pouvait avoir que Dieu pour auteur. »

P. Alex-Ceslas Rzewuski (1893-1983)
Dominicain


Dans la même catégorie « Enseignement », lisez aussi :
error: Content is protected !!